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En hommage à mon amie, Lucillia

En hommage à mon amie, Lucillia - Margaret Marlow

Je vais vous raconter un peu l’histoire de mon amie Lucilia, pour lui rendre hommage en quelque sorte. Malgré notre grande différence d’âge, c’est une excellente amie, chère à mon cœur, toujours à l’écoute et généreuse. C’est aussi une femme courageuse, joviale et robuste, une Portugaise de 68 ans. Elle a immigré de son Portugal natal, à l’âge de 18 ans. Elle est arrivée à l’aéroport, seule, en plein milieu du mois de janvier, sans manteau d’hiver, ni bottes, et avec à peine, quelques dollars américains en poche. Elle ne parlait pas le français et savait tout juste dire quelques mots anglais. Mais elle était décidée à se faire une place au soleil au Québec. Dans l’avion, elle avait discuté avec un homme dans la quarantaine, issu d’une famille juive, plutôt à l’aise financièrement. À leur descente d’avion, il l’a aidé à se trouver une chambre. Il l’a par la suite, engagé comme femme de ménage chez sa mère. Elle y a appris à parler anglais, et s’est fait quelques amies dans la communauté portugaise. Par la suite, elle a travaillé dans la manufacture de vêtement sport, appartenant à la famille de son bon samaritain.

Elle adorait danser et avait d’ailleurs le rythme dans le sang. Cette belle et mince femme à la longue chevelure noire, bouclée et aux yeux noirs comme du jais, a eu tôt fait de séduire les jeunes Québécois. Son premier prétendant sérieux, et l’unique homme qu’elle n’aura jamais connu intimement d’ailleurs, est natif du Lac St-Jean. Évidemment, c’était un Tremblay ! Ils se sont mariés assez rapidement. Ils étaient totalement amoureux fous l’un de l’autre. De cette union, sont nés quatre magnifiques enfants, dont elle est très fière. Deux garçons et deux filles.

Je l’ai connu à la clinique où j'accompagnais ma soeur pour son traitement de l acné. Elle me racontait avoir ouvert une garderie chez elle, et mon fils l’a fréquenté pendant 5 ans. Elle était une vraie mère-poule, et je savais mon fils en sécurité avec elle. Les années ont passé, et son mariage s’est effrité, car son mari n’était finalement, pas un homme très stable, qui aimait les plaisirs faciles. Elle a finalement mis à la porte son mari infidèle, après lui avoir pardonné maintes fois ses frasques d’irresponsable. Elle a alors fermé son cœur à l’amour romantique.

Elle a élevé seule ses 4 enfants, supportée par ses deux sœurs qui étaient venues la rejoindre au Québec. Tout ce monde habitait ensemble dans une petite maison, où l’harmonie et la joie de vivre étaient toujours au rendez-vous. J’adorais venir cuisiner avec Lucilia et ses sœurs le dimanche après-midi, on y humait un mélange d’odeurs de sucré et salé, qui me mettait l’eau à la bouche.

Et puis, ses sœurs se sont mariées à leur tour. Elle a fermé sa garderie, et est devenu dame de compagnie pour la vieille dame juive chez qui elle avait travaillé à ses 18 ans. Ensuite, ses enfants ont quitté le nid familial et se sont retrouvé éparpillés aux quatre coins du monde. Depuis un an, elle est repartie vers la terre de ses ancêtres, pour y finir sa vie. Le soleil lui manquait, et elle veut être enterrée dans la région de son enfance. La boucle sera bouclée, me dit-elle.  

J’espère qu’elle y rencontrera un homme doux qui saura prendre soin d’elle, et que ses dernières vingt-cinq années de vie, au moins, seront paisibles. Lucilia, il me tarde de te revoir l’été prochain, car ce sera maintenant à mon tour de découvrir ton coin de pays…

 

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Margaret Marlow est une blogueuse montréalaise née le 8 janvier 1954. Son premier blog fut publié au début des années 2000, créa un buzz et attira plusieurs milliers de lecteurs. Son expérience, mais aussi sa polyvalence ont intrigué les blogueurs et journalistes web. Aujourd'hui, elle est invitée à bloguer sur divers sujets partout sur la toile.