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Un vase d'une grande beauté !

Un vase d'une grande beauté ! - Margaret Marlow

Je revenais de chez ma soeur, car je devais m’assurer que l’entreprise de remplacement toiture joliette avait bel et bien commencé les travaux, quand j’ai vu qu’un livreur m’attendait. Il me déposait un paquet, que je lui ai recommandé de manipuler avec une grande délicatesse. Avec beaucoup de précautions, j’ai sorti le vase en verre que je venais de recevoir. Il était bien emballé, dans plusieurs couches de papier. Des pochettes contenant de l’air avaient été placées dans le colis. J’ai observé minutieusement l’état du vase. Il n’était ni ébréché, ni cassé, si fêlé. Le vert translucide, qui m’avait tant fascinée lors de mon enfance, n’avait aucune égratignure. Je revoyais, juste en fermant les yeux, l’entrée de mes grands-parents. Ma grand-mère avait placé le gracieux récipient sur une console avec une tablette en marbre blanc. J’étais sûre qu’elle l’avait changé de place lorsque la cuisine avait été refaite. Cette pièce était devenue l’espace où mes grands-parents vivaient le plus souvent, dans la journée. Comme ils adoraient cet objet, ils l’avaient placé à la portée de leurs regards, au bout du plan de travail.

Selon la saison, un bouquet de tulipes, de roses, de pivoines ou de fleurs des champs était placé dans le joli contenant. Posséder cet objet, c’était me replonger dans un heureux passé. Leur départ, dans une résidence pour retraités, les avait contraints à se séparer de plusieurs meubles et bibelots qu’ils ne pouvaient pas emmener. Ils me proposèrent de garder ce que je venais de recevoir. Ils savaient que j’avais une grande admiration pour cette œuvre. Elle était unique en son genre, car un souffleur de verre l’avait réalisée pour mon arrière-grand-père. Ce dernier avait aidé le souffleur, lors d’un hiver particulièrement rude, et ils étaient devenus amis. Parmi d’autres présents, ce morceau de verre soufflé avait une grande originalité, qui l’avait classé dans les objets insolites, que mon arrière-grand-mère détestait. Elle n’aimait que la bienséance, l’ordre et la politesse. Elle mit donc de côté ce qui apparaissait à ses yeux comme une bizarrerie.

Des années plus tard, ce furent Isidore et Martine qui héritèrent de tous leurs biens. Ils avaient tout de suite aimé la forme et l’étrangeté du vert glauque de cette œuvre. Ils connaissaient son histoire, ils me la racontèrent. J’ai donc bâti tout un monde autour de cette simple chose. Sa grâce, son élégance, sa beauté m’ont attirée dès mon plus jeune âge. Sa place, je l’avais déjà trouvée. Elle serait dans le salon, où il serait posé sur une commode en bois.

 

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Margaret Marlow est une blogueuse montréalaise née le 8 janvier 1954. Son premier blog fut publié au début des années 2000, créa un buzz et attira plusieurs milliers de lecteurs. Son expérience, mais aussi sa polyvalence ont intrigué les blogueurs et journalistes web. Aujourd'hui, elle est invitée à bloguer sur divers sujets partout sur la toile.